Respecter les personnes trans

Où est le problème?

Si les sujets concernant les gays et lesbiennes sont parfois truffés de clichés ou d’approximations, que dire de ceux concernant la transidentité! Elle est souvent confondue avec l’homosexualité et son traitement journalistique se limite généralement aux personnes travesties interviewées à la Marche des fiertés LGBT ou au sensationnaliste « Quand Gaston devient Marguerite » avec les inévitables photos avant/après à l’appui.

Or cette façon de traiter le sujet a tendance à invisibiliser les vraies difficultés des trans: précarité, fort taux de prévalence au VIH, psychiatrisation, parcours du combattant pour entamer une transition dans les hôpitaux publics, difficulté à obtenir des papiers en adéquation avec son genre vécu. Sans compter que les personnes trans sont aussi les victimes régulières de graves, agressions sans qu’aucun média ne s’émeuve vraiment de la fréquence et de la barbarie de ces violences.

Attention, pente glissante!

«C’est un homme ou une femme?»
D’abord, respectons le genre vécu de la personne interwievée c’est-à-dire la façon dont elle se définit. Ce qui signifie, entre autres, de la nommer ou de s’adresser à elle avec le pronom adéquat. «Il/un» dans le cas d’une transition «femme vers homme» (les anglo-saxons disent FtoM pour Female to Male); «Elle/une» dans le cas d’une transition « homme vers femme » (ou MtoF pour Male to Female). Évidemment, on évite de l’interroger d’emblée sur une éventuelle «opération» et on ne dévoile pas non plus la transition d’une personne ou son prénom de naissance si elle ne le souhaite pas. Par exemple, quand à l’été 2013, une artiste et travailleuse du sexe, Mylène, a été assassinée à Limoges à coups de marteau, des quotidiens locaux ont parlé d’elle au masculin.

«Il-Elle a changé de sexe»
Les personnes trans ne «changent pas de sexe»: elles mettent leur corps en adéquation avec ce qu’elles sont. D’ailleurs, toutes ne souhaitent pas subir d’opérations de réassignation sexuelle. Certaines choisissent juste de prendre des hormones pour se viriliser ou se féminiser. D’autres n’en prennent pas. Utilisons donc «transition de genre» ou «changement
de genre».

«C’est un travesti»
Attention, «travesti» n’est pas synonyme de «trans». Se travestir, c’est adopter temporairement les codes vestimentaires et sociaux d’un autre genre. Pas tout à fait la même chose que d’avoir le sentiment profond que son genre ne correspond pas à son sexe biologique.

«Elle-il est trans donc elle-il est homo!»
Et non… comme expliqué plus haut, l’identité de genre (le sentiment profond d’être un homme ou une femme) et l’orientation sexuelle sont deux choses différentes. Les personnes trans peuvent être hétéro, bi-e, homo ou asexuel-le.

«C’est une-un trans réussi-e»
Une transition n’est pas une opération de chirurgie esthétique. Ce qui compte ce n’est pas l’apparence plus ou moins féminine/masculine d’une personne mais bien le genre auquel elle a le sentiment d’appartenir. Une MtoF («homme vers femme») n’est pas obligée d’adopter une apparence très féminine (jupe, maquillage, etc.) pour être considérée comme une femme. D’ailleurs, une «vraie femme» ou un «vrai homme» ça n’existe pas (et, entre nous, ces expressions sont vraiment sexistes).

«Toutes les personnes trans se prostituent»
La prostitution, par choix ou nécessité, est plus fréquente chez les personnes touchées par la précarité. Chez les personnes trans, cette précarité est due, en grande partie, à la difficulté qu’ils-elles rencontrent pour changer d’état civil. Cela leur ferme la porte de nombreux milieux professionnels. Néanmoins, attention aux amalgames, la prostitution n’est pas une activité inhérente à leur transidentité.

«Les trans, ces héros-héroïnes de la subversion du genre»
Depuis quelques années, il arrive que dans certaines émissions, chercheur-se-s en sciences sociales et autres spécialistes s’extasient devant la détermination des personnes trans à braver les normes de genre. Les personnes trans ne cherchent pas forcément toutes à «troubler le genre» et à démontrer à quel point tout cela est subversif au sens théorique du terme, elles cherchent à vivre leur vie le mieux possible, comme tout le monde.

«Ma maman s’appelle Robert»
Les personnes trans ont des enfants et sont capables de s’en occuper, c’est un fait. Les médias ne doivent pas se laisser aller au sensationnalisme et véhiculer sans réfléchir, comme nous l’avons vu lors des manifestations contre l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, des slogans transphobes assimilant les personnes trans à des monstres qui sèmeraient la confusion chez les enfants.

S’y retrouver dans un vocabulaire complexe

— Identité sexuelle ou identité de genre?
La loi contre le harcèlement sexuel d’août 2013 a intégré l’« identité sexuelle » comme motif de discrimination. Ce texte est censé protéger les transgenres et les transsexuel-le-s. Mais plusieurs associations, ainsi qu’un avis de la CNCDH (Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme), mettent en garde contre l’utilisation du terme «identité sexuelle» qui entretient l’idée que se sentir homme ou femme est liée à une prédisposition biologique, imposée par les attributs sexuels de naissance. On préférera donc identité de genre. Bien sûr si l’on cite la loi, «identité sexuelle» reste correcte.

— Transsexualisme ou transidentité?
Le terme transsexualisme est celui utilisé à l’origine par le corps médical. Il sous-entend que les personnes trans sont atteintes d’un trouble psychiatrique appelé «dysphorie de genre», donc d’une pathologie. Préférons donc transidentité car il s’agit bien d’une question d’identité et non d’un trouble sexuel.

— Transsexuel-le-s, transgenres ou trans?
Le terme transsexuel-le est parfois utilisé pour désigner plus spécifiquement les personnes trans opéré-e-s. Les personnes non-opéré-e-s peuvent être appelé-e-s trangenres. Pour éviter d’instaurer une hiérarchie, on préférera le terme personnes trans, qui permet d’inclure la multiplicité des parcours et des identités.

L’affaire Chelsea Manning et le bon comportement des médias américains

Quand Chelsea Manning, soldat américaine à l’origine des révélations Wilkileaks, demande en août 2013 qu’on cesse de l’appeler Bradley, certains médias contournent la question en désignant Chelsea uniquement par son nom de famille «Manning», sans utiliser le pronom «il» ou «elle».

Mais la plupart des grands médias américains finissent par respecter son souhait. L’agence Associated Press adopte ainsi la ligne édictée dans son Stylebook, qui recommande d’utiliser «le pronom préféré par les individus qui ont acquis les caractéristiques physiques du sexe opposé ou se présentent d’une façon qui ne correspond pas à leur sexe de naissance». La radio de référence NPR aussi. Le manuel de style du New York Times contient également un article «transgenre», que le quotidien applique scrupuleusement :
«à moins qu’un ancien nom soit pertinent ou ait valeur d’information, utilisez le nom et les pronoms (il, elle) préférés par la personne transgenre». Les médias qui respectent le féminin signalent généralement la transition de Chelsea, par exemple: «Elle était auparavant connue sous le nom de Bradley Manning mais a depuis changé son nom et déclaré son désir de vivre en tant que femme» (NBC News), une formule destinée à orienter les lecteurs, habitués à suivre l’affaire «Bradley Manning».

Pour aller plus loin…

Certaines personnes ne se définissent ni comme homme, ni comme femme ou alors comme homme et femme à la fois. On peut alors parler de MtoX ou MtU (pour Male to X ou Male to Unknown), d’autres personnes se définissent aussi comme queer (en référence à un courant des gender studies qui remet en question la dichotomie femme/homme et revendique une multiplicité d’identités de genre et de sexes possibles).

2 Commentaires

  1. Merci pour ce texte clair et precis
    Qu’il soit donc diffuser largement et lu d un majorite de personnes.

  2. Bonjour. Les personnes de genre non-binaire et queer ne sont pas toujours les mêmes. Les premières peuvent se définir comme agenres, de genre fluide, gender-blender, ou d’autres dénominations qui reflètent au mieux leur identité de genre et les relations que cette identité entretient avec « les deux » genres ; certaines de ces personnes aspirent à la banalité, on ne peut donc pas les qualifier de queer. Les secondes peuvent avoir une identité de genre tout à fait binaire ; être queer n’est pas être différent’ sur le plan du genre ou de l’orientation sexuelle (même si cette acceptation est assez courante au Québec), mais revendiquer comme positive une identité en marge, que ce soit sur le plan du genre, de l’orientation sexuelle (qui n’est en réalité qu’un élément de genre ; l’homosexualité étant une -forte- trangression de genre parmi d’autres) ou encore de pratiques sexuelles kink telles que le bdsm, le fait d’être travailleur’ du sexe, etc.

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