La « Manif pour tous » du 16 octobre 2016 : quelle couverture à la télévision ? 

Entre 22 000 (selon la police) et 200 000 personnes (selon les organisateurs) ont manifesté à Paris à l’appel de la « Manif pour tous », dimanche 16 octobre 2016, pour protester notamment contre l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe, la possibilité pour les lesbiennes de recourir à une PMA et la GPA.

Les manifestations de la « Manif pour tous » avaient donné lieu, en 2012 et 2013, à un traitement parfois inapproprié des médias audiovisuels, certains relayant, sans aucune remise en contexte, des propos ouvertement homophobes —et donc pénalement répréhensibles. L’AJL a donc passé au crible le traitement de ce sujet par les chaînes d’informations dans l’après-midi du dimanche 16 octobre.

Premier enseignement, les termes de « mariage gay » et de « mariage homosexuel » sont encore majoritairement employés. À tort car, comme l’a rappelé l’AJL dans son kit « Informer sans discriminer », destiné à aider les médias à utiliser les mots justes, ces expressions laissent croire qu’il existe un mariage spécifique pour les couples homos –ce qui n’est pas le cas. On leur préfèrera celles de « mariage pour tous » ou d’ouverture du mariage « aux personnes de même sexe » ou aux « couples homosexuels ».

Deuxième enseignement, les chaînes d’information en continu ont apporté en direct très peu de contradiction aux discours hostiles au mariage pour tous. Or, lorsque des personnes tiennent des propos hostiles à l’encontre d’une partie de la population, ceux-ci se doivent d’être contrebalancés. L’exemple de LCI est à ce titre éloquent : à 17h, après une longue interview de Jean-Frédéric Poisson (LR), qui souhaite l’abrogation de la loi dite « Taubira », la chaîne a diffusé un « son » de Geneviève de Fontenay hostile également au mariage pour tous. À 18h, un journaliste de la chaîne interroge un militant de la « Manif pour tous » avant la diffusion d’extraits de Marion Maréchal-Le Pen (FN), Gilbert Collard (apparenté FN), Hervé Mariton (LR) et Guillaume Peltier (LR).

Sur ce point, la couverture équilibrée de BFMTV est à saluer, puisqu’au cours de l’après-midi, la chaîne a invité en plateau Clémence Zamora-Cruz, porte-parole de l’Inter-LGBT, et interrogé Vincent Autin, premier marié de France avec son compagnon en mai 2013, ainsi que Erwann Binet, rapporteur de la loi « Mariage pour tous » à l’Assemblée nationale. De son côté, ce n’est qu’en fin d’après-midi qu’i>télé a invité Laurence Rossignol, ministre des Familles, pour défendre la position du gouvernement.

Concernant les deux principaux journaux de 20 heures, si aucun-e intervenant-e n’était malheureusement interrogé-e pour défendre le mariage pour tous, l’AJL a noté un effort de traitement: TF1 a couvert le « kiss-in » de protestation organisé à Paris par les pro-mariage et leurs allié-e-s, tandis que France 2 a souligné l’hypocrisie de l’interdiction de la PMA pour les couples de femmes en France.

Transphobie dans les médias: fini de rire!

Tribune publiée sur le site Puremedias le jeudi 13 octobre 2016, à deux jours de l’Existrans, pour siffler l’arrêt de la transphobie gratuite dans les médias sous couvert « d’humour ». 
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En 2016, pendant que les personnes trans et leurs proches se battent pour faire avancer leurs droits, la télé ricane. Le mois dernier, l’Association des Journalistes LGBT (AJL) a saisi le CSA à la suite de l’émission de rentrée du « Grand journal » de Canal +, dans laquelle la journaliste transgenre Brigitte Boréale faisait ses débuts. Une avancée dans la visibilité des personnes trans qui s’est hélas accompagnée de plusieurs remarques transphobes sur le plateau. « Bonsoir monsieur-dame, enfin Brigitte », l’a notamment interpellée Ornella Fleury, la nouvelle « miss météo ». Proférée à la télévision et non pas « entre amis » (comme les membres de l’émission ont pu le dire), cette remarque, qui nie l’identité de genre d’une personne trans, autorise et encourage le téléspectateur à faire pareil.
La transphobie est récurrente à la télévision depuis que, dans les années 1950, le journaliste François Chalais traitait la célèbre artiste transgenre Coccinelle de « monstre ». Depuis, le petit écran, quand il ne se trompe pas de pronom pour désigner les personnes trans, les cantonne à la question “avant-après”, cet éternel marronnier « Gaston est devenu Marguerite ». Il y a quelques mois, lorsque « Le Supplément » de Canal + consacre un reportage à Mathilde Daudet, auteure du roman autobiographique Choisir de vivre, le présentateur Ali Baddou pose comme question: « Vous êtes l’une des rares à pouvoir trancher un très vieux mystère, qu’est-ce qui est le mieux entre la jouissance masculine et la jouissance féminine ? » À qui d’autre, à la télé, pose-t-on des questions sur sa jouissance ? Ramener une personne trans au sexe et à ses attributs sexuels, une autre facette, violente, de la transphobie.
Dans un registre encore plus vulgaire, la parodie de Florent Peyre intitulée « Travelo », diffusée à plusieurs reprises sur TF1 à l’été 2015, a suscité la colère des personnes trans, en raison de ses paroles (la parodie démarre ainsi : « C’est une façon de voir la vie, avec des seins et un zizi»). Dans la vie de tous les jours, « travelo » est l’insulte la plus blessante à laquelle les personnes trans sont confrontées.
La transphobie fait partie du quotidien des quelque 50 000 personnes souhaitant ou ayant changé de genre. En ne parlant pas de cette violence, les médias la nient. En la laissant s’exprimer sous des formes soi-disant humoristiques, ils l’encouragent. En France, la haine envers les trans atteint des sommets.
À Limoges, en 2013, Mylène est tuée à coup de marteau dans le visage. La presse reste muette, à l’exception des médias régionaux où l’on parle d’elle souvent au masculin. Quand Cassandra est égorgée dans un bois à côté de Rouen en 2012 et que son meurtrier asperge son corps d’essence et allume, même silence. À Marseille, en 2005, une prostituée migrante trans est assassinée de façon barbare : victime de 47 coups de couteaux, elle est décapitée, ses seins et son sexe sont arrachés. Un article dans la presse locale –qui, par la police, a obtenu son état civil– la nomme au masculin, rien d’autre. Les trans enterrent leurs morts et leurs mortes en silence.
Les organes de presse doivent se mobiliser sur le plan éditorial mais aussi en leur sein, pour accueillir des journalistes trans dans leur rédaction. Combien de trans travaillent dans les médias? Une adhérente de l’AJL est une journaliste freelance qui donnait des formations dans de grandes rédactions télé. Quand elle a révélé sa transidentité, on ne lui a plus donné de travail. 
Comme chaque année depuis 1997, un collectif d’associations organise à Paris l’Existrans, ce samedi 15 octobre. Cette marche des personnes trans et intersexes vise notamment à sensibiliser la société contre les discours et actes de haine. À cette occasion, l’Association des Journalistes LGBT (AJL) exhorte les médias à prendre conscience du rôle qu’ils peuvent jouer dans ces logiques de discriminations, et le CSA à remplir sa mission de régulateur pour lutter contre toutes les formes de transphobie. L’heure du réveil a sonné.

L’AJL saisit le CSA après les propos transphobes tenus au Grand Journal

Ce mardi 6 septembre 2016, l’AJL a saisi le CSA suite aux propos transphobes tenus lors du premier numéro de la saison du Grand Journal, le lundi 5 septembre sur Canal +. Elle estime que la chaîne Canal+ a manqué à ses obligations en matière de lutte contre les discriminations, de respect de la dignité de la personne humaine, et de maîtrise de l’antenne.

Pour rappel, la journaliste transgenre Brigitte Boréale a fait, lundi 5 septembre, ses débuts au Grand Journal de Canal+ en tant que nouvelle chroniqueuse. Hélas, ce pas en avant dans la visibilité des personnes trans s’est tout de suite accompagné d’un bond en arrière lorsque son collègue Lamine Lezghad, dans sa chronique, a lancé à Brigitte Boréale: « Nous, les mecs, quand on est stressés, une petite [masturbation], ça détend. Hein, Brigitte? » Quelques instants plus tard, Ornella Fleury, la nouvelle « Miss Météo » de l’émission, a enchaîné: « Bonsoir monsieur-dame, enfin Brigitte », avant de continuer : « Brigitte, on te connaît très peu, et du coup je trouve ça un peu excitant, ça me donne envie de faire un plan à trois. »

Ces remarques ne sont pas drôles, elles sont injurieuses pour la journaliste Brigitte Boréale et pour toutes les personnes trans. Elles nient le fait que Brigitte Boréale est une femme — sous-entendant qu’elle serait aussi, simultanément, un « monsieur ». Elles la cantonnent à des questions d’ordre sexuel et génital.

L’Association des Journalistes LGBT (AJL) déplore que ni Victor Robert, l’animateur de l’émission, ni aucun-e des chroniqueurs/chroniqueuses présent-e-s autour de la table n’aient réagi aux propos transphobes de Lamine Lezghad et Ornella Fleury. Elle souhaite que le CSA rappelle fermement à la chaîne Canal+ ses obligations en matière de lutte contre les discriminations et de respect de la dignité de la personne humaine, ainsi que son devoir de maîtrise de l’antenne.

Pourquoi les médias ont-ils si peur de parler d’homophobie?

Le 1er juillet, à la veille de la Marche des fiertés parisienne, le journal Libération a publié une tribune de notre association. Nous en reproduisons ici le contenu.

 

Il y a trois semaines, la fusillade homophobe d’Orlando, qui a fait 49 morts et 53 blessés dans un club gay de Floride, fut la tuerie de masse la plus meurtrière qu’aient jamais connue les Etats-Unis. Elle fut aussi révélatrice de l’incapacité en France à écrire et à prononcer le terme «homophobe». A l’approche de la marche parisienne des fiertés LGBT (lesbiennes, gay, bi, trans), qui se tiendra samedi 2 juillet, l’Association des journalistes LGBT (AJL) rappelle aux médias la nécessité d’utiliser les bons mots.

A l’annonce de la tuerie américaine, très peu de médias français ont souligné le caractère homophobe de l’attaque. «Nuit d’horreur en Floride» (le Parisien), «Orlando, nouvelle plaie béante» (Libération), «la Terreur et la Haine» (le Figaro)… Pourquoi occulter le fait que la discothèque où a eu lieu la fusillade était un lieu communautaire, connu de toute la population LGBT d’Orlando ? Pourquoi nier que les victimes ont été tuées ou blessées parce qu’elles appartenaient à cette communauté ou qu’elles fréquentaient spécifiquement ce club?

«Le tueur a peut-être choisi cette discothèque par hasard», nous a-t-on dit, «attendons la revendication». Comme s’il revenait aux assassins de qualifier leurs crimes, et à la presse de reprendre bêtement leur «communication». Or, ce sont les victimes qui donnent leur sens aux crimes. La fusillade d’Orlando était homophobe, point. Elle était aussi raciste, pourquoi l’occulter ? La majorité des victimes appartient à la communauté latino. Que la tuerie ait été perpétrée au nom du groupe Etat islamique ou pas n’y change rien. Que le tueur ait lui-même pu entretenir des relations homosexuelles non plus.

En réalité, ce n’est pas la première fois que les journalistes français ont du mal à qualifier les crimes de haine, qui ciblent des catégories de personnes pour ce qu’elles sont. Peur panique de tomber dans un supposé «communautarisme», impression de trahir leur pseudo-objectivité… les raisons sont identifiées, et toutes dommageables. «Ignorer le caractère antisémite de Merah et de ses possibles complices, c’est se borner à ne rien comprendre aux assassinats commis à Toulouse le 19 mars», expliquait, en 2012, l’avocat de la famille de l’enseignant juif tué par le terroriste avec ses deux enfants. Il en va de même avec les injures et les crimes homophobes. Malgré les atermoiements des médias, traiter son entraîneur de «fiotte», comme l’a fait en février le footballeur français Serge Aurier, c’est homophobe. Trop souvent, lorsque les journalistes ne peuvent pas s’appuyer sur la dénonciation d’une association ou sur «l’indignation des réseaux sociaux» – qui qualifient correctement, eux, l’insulte ou le crime – alors, ils se taisent. Comme s’ils ne disposaient pas eux-mêmes des outils d’analyse pour caractériser l’événement. Au mieux, ils usent de néologismes discutables. Le «racisme antihomosexuel», comme l’a qualifié le Monde après la tuerie d’Orlando, a un nom : il s’appelle «homophobie», tout comme le «racisme» antifemme (sexisme), le «racisme» antijuif (antisémitisme), ou le «racisme» antimusulman (islamophobie).

Utiliser les mots justes, cela revient à reconnaître entièrement les victimes et les identités qu’elles se sont appropriées pour dénoncer les violences subies par ces communautés. Les personnes qui participeront à la marche des fiertés LGBT, samedi 2 juillet, ne viendront pas uniquement pour faire la fête, mais aussi pour dénoncer les discriminations et les «LGBTphobies» toujours présentes, qu’elles soient étatiques – refus de la PMA pour les lesbiennes, absence de loi pour les personnes trans – ou individuelles. En 2015, l’association SOS Homophobie a encore recueilli plus de 1 300 témoignages sur sa ligne d’écoute. N’oublions pas cette réalité. Les journalistes sont là pour qualifier le réel, pas le nier.

Assassinat de Xulhaz Mannan, éditeur du seul magazine LGBT au Bangladesh

Photo Xulhaz Mannan © Arnaud Gastaut

Photo Xulhaz Mannan © Arnaud Gastaut

Nous avons appris avec tristesse et inquiétude aujourd’hui la mort de Xulhaz Mannan, 35 ans, éditeur de Roopbaan, le seul magazine LGBT du Bangladesh, assassiné avec son ami Tanay Mojumdar.

Xulhaz et son ami étaient chez lui lorsque des individus sont entrés et les ont tués sur le coup. La mère de Xulhaz ainsi qu’un employé étaient présents.

Arnaud Gastaut, photojournaliste qui avait réalisé avec Julie Lallouët-Geffroy un reportage sur la condition des LGBT au Bangladesh, l’avait rencontré en 2014. Il se souvient: «Il créait à l’époque le 1er magazine gay Bangla, je vivais alors au Bangladesh et, militant, j’ai voulu prendre part au projet. C’était quelqu’un de très sage, très accueillant, sa maison était ouverte à tous, il assumait pleinement sa vie et voulait justement au travers de Roopbaan casser les clichés tout en respectant la culture “difficile” qui était la sienne.» 

«Il m’avait dit qu’il était conscient, dans son combat, d’encourrir des risques, mais qu’il en assumait les conséquences et que si cela devait arriver, il serait fier de mourir ainsi», poursuit Arnaud Gastaut.

Dès le deuxième numéro de Roopbaan, l’équipe du magazine se savait menacée. Un article dans la presse donnait l’alerte, les rédacteurs de Roopbaan, assénait-il, auraient fait partie d’un complot international visant les mœurs islamiques, et le gouvernement les recherche pour les arrêter. Xulhaz, lui, a eu la chance d’avoir une famille tolérante, ce qui est impensable pour la plupart des LGBT bangladais. «Je n’ai qu’une vie et je refuse de la scinder en deux au nom des bonnes mœurs. Je suis tel que je suis et c’est tout», affirmait-il*.

Dans ce contexte très inquiétant pour la communauté LGBT et l’ensemble du Bangladesh, l’Association des journalistes LGBT (AJL) exprime ses pensées, sa solidarité et son soutien pour les LGBT et les journalistes du Bangladesh, et les proches des victimes.

* Dans TÊTU, janvier 2015.

Sources : Dhaka Tribune, The Independent, The Guardian

Les médias, l’homophobie, et les associations LGBTI: le cas exemplaire du mariage pour tous

L’Association des journalistes lesbiennes gays bi.e. et trans* (AJL) organisait ce jeudi 11 février une conférence-débat sur un grand moment médiatique récent: «Les médias, l’homophobie, et les associations LGBTI : le cas exemplaire du mariage pour tous», au Centre LGBT de Paris-Île-de-France.

1er décembre 2015, journée mondiale de lutte contre le VIH/sida: les mots justes pour en parler

La journée mondiale de lutte contre le VIH/sida est l’occasion de parler d’une épidémie qui touche environ 150 000 personnes en France. Le sujet est plus complexe et exposé aux approximations que jamais. Nous, journalistes, nous devons d’employer les bons termes, adaptés à la réalité de l’épidémie telle qu’elle est vécue en 2015.

Utiliser les mots justes, c’est refuser de participer à la dramatisation, à la stigmatisation, aux effets d’annonces. Le respect des personnes directement concernées, ainsi que notre rigueur professionnelle, demandent que nous prenions un instant pour réfléchir au vocabulaire employé.

– VIH ou sida?

Être séropositif-ve, vivre avec le VIH, ce n’est pas «avoir le sida». Les deux mots ne sont pas interchangeables. Le VIH est le virus de l’immunodéficience humaine. Le sida, le syndrome de l’immunodéficience acquise — sans majuscules —, est le dernier stade de l’infection par le VIH. Dans leur immense majorité, en 2015, les personnes vivant avec le VIH en France ne sont pas au stade de la maladie. Notons d’autre part que les expressions «virus du sida» ou «virus du VIH» sont incorrectes.

– Parler des nouveaux outils de prévention : l’exemple de la Prep

Aujourd’hui, la prévention de l’infection se diversifie et s’appuie sur l’efficacité des traitements antirétroviraux. Ainsi, Marisol Touraine a annoncé le 23 novembre dernier que la prescription du Truvada® serait autorisée dans le cadre de la Prep –pour prophylaxie pré-exposition– en décembre 2015 et prise en charge par l’assurance maladie à 100%, dès 2016.

• Contrairement à ce que certains médias ont affirmé, le Truvada® n’est pas un nouveau médicament. Il fait partie depuis 2006 de certaines multithérapies utilisées par les personnes séropositives au VIH pour contenir la réplication du virus et rester en bonne santé. Ce qui est récent, c’est que les deux molécules qui composent ce médicament viennent de faire leurs preuves dans une indication préventive.

• La Prep est un traitement préventif de l’infection au VIH et ne doit pas être confondu avec le traitement d’urgence (Traitement Post Exposition, TPE), qui est prescrit après une exposition éventuelle au virus.

• La Prep n’a pas pour vocation de remplacer le préservatif et ne sera prescrite qu’aux personnes très exposées au VIH, qui ne veulent pas ou ne peuvent pas utiliser des préservatifs pour se protéger.

L’AJL invite donc les journalistes à porter une attention toute particulière au traitement des innovations en matière de prévention, tout en veillant, comme pour les sujets LGBT et VIH habituels, à ne pas relayer les clichés qui pourraient entretenir la sérophobie.

– Plus d’informations

– Le kit créé par l’AJL contient des conseils sur la manière de parler correctement du VIH : (http://ajlgbt.info/informer-sans-discriminer/vihsida-comment-en-parler/)

– La Prep ou prophylaxie pré-exposition sur le site Vih.org: (http://vih.org/dossier/prep-prophylaxie-pre-exposition)

– Sida Info Service (http://sida-info-service.org)

Existrans 2015 : continuer à parler des réalités sociales des personnes trans et intersexes

Ce samedi 17 octobre a lieu à Paris la 19e édition de l’Existrans, la marche des personnes trans et intersexes et de leurs allié.e.s. Le départ est prévu à 14 heures, place Stalingrad (19e).

Cette année encore, l’Association des journalistes Lesbiennes, Gay, Bi, Trans (AJL) invite les rédactions à couvrir cet événement dont les enjeux sont plus que jamais d’actualité:

– Une nouvelle proposition de loi. Promesse –encore non tenue– de campagne de François Hollande, la loi facilitant le changement d’état-civil reste un serpent de mer de ce quinquennat. Après la proposition (PPL) Delaunay de 2013, le texte a été rangé dans les tiroirs. Mais des parlementaires PS viennent de déposer, fin septembre, une nouvelle proposition. Et son contenu, quasi-inchangé par rapport à la précédente mouture, est déjà décrié par des associations trans. Couvrir cette Existrans, c’est pouvoir informer et décrypter les problématiques de cette proposition de loi à minima, qui revient à l’agenda politique.

– Une urgence sociale. Actuellement conditionné à une stérilisation et à un parcours médical dégradant, le changement d’état-civil pour les personnes trans demeure chaotique et exténuant. En l’absence de texte législatif, l’obtention de papier correspondant à son identité de genre dépend du bon vouloir des juges et des juridictions. Cela maintient, encore en 2015, les personnes dans une précarité administrative très forte.

– La France est en retard. Par exemple, l’Argentine et le Danemark, mais aussi Malte, la Colombie, l’irlande et tout récemment la province du Québec se sont déjà dotés de lois ambitieuses pour le respect des personnes trans. La rectification de l’état-civil d’une personne trans sans condition médicale est par ailleurs une recommandation de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe datant de 2010, reprise en 2013 par la CNCDH (Commission nationale consultative des droits de l’homme). Et surtout, il n’existe aucun obstacle juridique à une telle réforme.

– Ça change des reportages sensationnalistes. En France, les personnes trans affrontent de nombreuses difficultés quotidiennes: précarité, agressions, forte vulnérabilité à l’épidémie de VIH, psychiatrisation, parcours du combattant pour entamer une transition dans les hôpitaux publics… Comme avec Caitlyn Jenner, dont la transition très médiatisée aux États-Unis a permis d’éclairer sur un sujet encore lourd de représentations, l’Existrans peut être l’occasion de parler d’une communauté invisibilisée et sujette aux discriminations. Et de donner la parole à celles et ceux qui affrontent les réalités des transidentités en France.

– C’est un sujet qui interroge le droit français. L’ «identité de genre», notion de droit international qui décrit « l’expérience intime et personnelle de son genre profondément vécue par chacun, qu’elle corresponde ou non au sexe assigné à la naissance » reste inconnue dans le droit français, qui s’en tient à la notion d’« identité sexuelle ».

Pour vous aider à employer les mots justes et à traiter au mieux ces thématiques, l’AJL a consacré un chapitre de son kit de conseils pratiques «Informer sans discriminer» au respect des personnes trans. N’hésitez pas à le consulter!

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Laurent Bonnat, 25 ans, est journaliste à La Provence à Marseille. A la veille de l’Existrans 2015, la 19e marche des personnes trans’ et intersexes, cet ancien de l’Ecole de journalisme et communication de Marseille (EJCM), passé par Rue 89 et La Marseillaise a accepté de partager auprès de l’AJL son opinion sur le traitement médiatique de la transidentité en France ainsi que son vécu de garçon trans’ au sein d’une rédaction locale«Je n’ai plus envie que les journalistes utilisent un vocabulaire qui ne corresponde pas à la personne qu’ils ont en face», témoigne notre jeune confrère. Interview.

Laurent Bonnat (La Provence) : « La couverture médiatique des questions trans’ reste trop sensationnelle »

Laurent Bonnat, 25 ans, est journaliste à La Provence à Marseille. A la veille de l’Existrans 2015, la 19ème marche des personnes trans’ et intersexes, cet ancien de l’Ecole de journalisme et communication de Marseille (EJCM), passé par Rue 89 et La Marseillaise a accepté de partager auprès de l’AJL son opinion sur le traitement médiatique de la transidentité en France ainsi que son vécu de garçon trans’ au sein d’une rédaction locale. « Je n’ai plus envie que les journalistes utilisent un vocabulaire qui ne corresponde pas à la personne qu’ils ont en face », témoigne notre jeune confrère. Interview.

AJL : Demain, pour la 19ème fois, les personnes trans’ et intersexes marcheront pour revendiquer leurs droits à Paris. Quels conseils donneriez vous aux journalistes pour bien couvrir l’événement ?

Laurent Bonnat : Un événement comme l’Existrans se traite de la même manière qu’un sujet classique. Il faut oser poser toutes les questions que l’on a à poser, et retranscrire de la façon la plus juste. Ce qui est parfois difficile à comprendre pour une personne non-trans. Je m’explique : les personnes trans’ ont parfois des difficultés à retranscrire ce qu’elles ressentent, elles utilisent des mots qui peuvent choquer ou emmener le « grand public » à dénigrer ou repousser la moindre information donnée. Pour moi, le plus important est de vulgariser ces propos, de faire le lien entre le ressenti mal exprimé et le lecteur/téléspectateur pour ramener le tout à un parcours de vie audible et compréhensible par tout le monde.

Pensez-vous qu’il y a eu des progrès réalisés dans la couverture des questions trans’ et de la transidentité en France ou que tout reste à faire ?

Le traitement médiatique de la question par des organes de presse spécialisés ou engagés (Yagg, Rue89, Arte pour ne pas les citer) est de mieux en mieux ficelé. En revanche, les médias plus traditionnels, qu’il s’agisse de la presse quotidienne régionale (PQR) ou des chaînes de télé les plus regardées, ont encore un long chemin à parcourir. Vulgariser le parcours d’une personne trans’ et propulser une personne trans’ au rang de citoyen lambda est ESSENTIEL. Je trouve vraiment dommage de traiter la question systématiquement dans des médias « faits pour ça », même si leur action est bien sûr indispensable. La presse quotidienne nationale (PQN) a fait des progrès dans le traitement de ces sujets-là, mais leur couverture médiatique reste trop sensationnelle. Pourquoi faire des dossiers de 15 pages ? Il suffit simplement de traiter le sujet en continu, de manière plus diffuse tout au long de l’année, plutôt que de mettre le paquet à un instant T avec des titres racoleurs. Justement, pour intégrer ces différences dans la société et les faire disparaître, il n’y a pas meilleure recette qu’un traitement léger et doux de la question.

Quels sont les types de remarques des journalistes, commentateurs, etc qui posent problèmes ? Cela concerne-t-il seulement la PQR ou également la PQN ? Quelles sont les questions que vous ne voudriez plus entendre ?

Je n’ai plus envie que les journalistes utilisent un vocabulaire qui ne corresponde pas à la personne qu’ils ont en face. Je suis trans’ FTM, soit né biologiquement fille et aujourd’hui homme. Je déteste que l’on utilise les mots « seins, règles, poitrine » ou pire pour le reste. Je n’ai pas envie de le lire, ça me pique les yeux [ndlr, il évoque ici une interview qu’il avait donné à L’Obs en février dernier]. D’autre part, si on s’adresse à quelqu’un comme moi, un homme donc, et que cette personne est en couple avec une nana, pourquoi lui demander si cette dernière est hétéro ? On ne demande pas à un homme si sa femme est hétéro, pourquoi le demanderait-on à un homme trans’ ? Même chose pour un trans’ FTM gay ou une trans’ MTF lesbienne, ces hommes et femmes peuvent être homosexuels sans avoir à subir la fameuse question : « mais pourquoi t’as changé alors ? ».

A La Provence, votre transidentité a-t-elle posé problème ? Quelle a été votre expérience au sein de la rédaction en tant que journaliste et garçon trans’? Les regards des confrères et consœurs ont-il changé ?

J’ai eu la chance d’arriver à La Provence à un moment avancé de mon parcours. Mon diplôme en poche, je n’avais plus à justifier quoi que ce soit, à part auprès du service du personnel où mon numéro de sécu posait encore problème. La plupart des collègues étaient au courant via un article écrit par un confrère de La Marseillaise, mais ils ne m’ont pas fait de retours particuliers. Je n’ai pas eu de question ou de regard mal placé, même si j’imagine (on ne peut pas plaire à tout le monde) que certains ont débrieffé entre eux, ou se sont confortés dans une certaine incompréhension. En tous cas, je n’ai pas vécu d’attaque frontale ou de réflexion en pleine figure. Ceux qui m’en ont parlé, eux,  étaient plutôt admiratifs mais nos échanges là-dessus ont été brefs. En fait, aujourd’hui, j’en parle très peu à la rédaction. Pas par crainte, mais simplement parce que personne n’en ressent le besoin ni l’utilité. Ni eux, ni moi. Je suis Laurent, et c’est tout.

En France, rares sont les personnes trans’ (du moins visibles) à accéder aux professions de presse et des médias. Comment l’expliquez-vous ?

Les contacts du milieu journalistique sont souvent tissés au fur et à mesure de nos études, et sont essentiels : chacun sait à quel point il est difficile de trouver une rédaction une fois diplômé via une candidature spontanée. Par conséquent, la période des études est souvent propice à la création des premiers liens avec le métier, les stages, les piges, etc. Mais cette période, malheureusement, correspond aussi à celle de la transition. Or, pour un métier qui se base sur l’image (pour l’audiovisuel en tous cas), la confiance en soi, l’aplomb et le contact humain, ce n’est pas forcément le bon moment. Pendant, une transition la société fait un peu peur (moins qu’avant, mais c’est pas encore ça) alors qu’on est justement dans une profession qui gravite au coeur de celle-ci. Par ailleurs, certains trans’ ont besoin de quitter leur foyer rapidement pour éviter les pressions familiales, ils se dirigent donc vers un boulot plus rapide à obtenir et sont obligés de négliger leurs études.

Quel message voudriez vous adresser aux jeunes trans’ qui souhaiteraient faire du journalisme ?

Je n’ai pas spécialement de message à adresser aux trans’ qui veulent faire du journalisme, pour moi ce sont des hommes et des femmes qui veulent faire du journalisme. Pour pouvoir accéder à cette profession avec ce parcours de vie, je n’aurai qu’un conseil : persévérer comme si le parcours n’existait pas. Aller vers les gens, ne pas se renfermer, parler, ne pas avoir honte de ses papiers ni de sa voix qui déraille un peu. De ce parcours, il faut en retirer la force et le courage d’aller au bout de ce qu’on est. Si on naît homme ou une femme, on fonce. Si on naît journaliste, on fonce.

Propos recueillis par Florian Bardou

Les «pulsions homosexuelles» de «Sept à Huit» : les mots ont un sens

«Comment vous vous débrouilliez justement avec vos pulsions homosexuelles et ce rapport très intime que vous aviez avec vos joueurs?»

Suite à la polémique déclenchée par son interview au mieux maladroite de l’ex-rugbyman professionnel Gareth Thomas, dimanche 6 septembre sur TF1, Thierry Demaizière a présenté ses excuses sur la page Facebook de l’émission «Sept à Huit». Il a reconnu que, dans la question citée, l’emploi du mot «désir» aurait été «sûrement plus approprié».

La question contribuait à véhiculer le cliché des gays avides de sexe, mus de «pulsions» difficilement contrôlables dès lors qu’ils seraient exposés à la nudité d’autres hommes. Elle s’autorisait également à renvoyer un homosexuel à sa sexualité sans apporter une seule information aux téléspectateurs-trices. Imagine-t-on Thierry Demaizière demandant à un entraîneur de natation sa manière de gérer ses «pulsions hétérosexuelles» à l’égard des nageuses qu’il coache dans la promiscuité des bassins?

Que le journaliste reconnaisse son erreur et ait pris conscience que cette expression puisse «choquer certaines sensibilités» est tout à son honneur. Les mots ont un sens et un poids. Il est de notre responsabilité, à nous journalistes, d’employer un vocabulaire pertinent et précis, évitant les clichés et les représentations biaisées.